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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 11:44

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[…] Une semaine durant, j'ai reposé mes palmes dans la basse-cour, où la volaille cuculturante s'agite du jabot comme lorsque, p'tit canard, des années plus tôt, je m'étais envolé vers d'autres cieux plus cléments quoique bouseux. Faut l'admettre, ça n'est pas dépaysant et du coup c'est la même chose, rien n'a changé de la petite zizanie intestine qui secoue chroniquement le ventre intellectuel de la ville, celui-là même qui se goinfre de subventions en se plaignant de l'assistanat porté aux autres estomacs leur disputant les subsides. La mesquine guerre de celui qui budgète le plus loin, qu'a la plus grosse attribution, qui fait s'empoussiérer la culture sur l'autel de la répartition des dotations. Toujours à se plaindre de manquer d'ronds, d'en avoir moins que, parce que que connait le maire ou un conseiller général, en campagne permanente pour ramasser les picaillons et les claquer dans de l’esbroufe à buffet sinon y'a pas d'public ! C'est toujours la même histoire, l'avant-garde ne précédant que de peu l'arrière-train, on a vite fait de se retrouver avec une masse critique de trous du cul. [...]

 

Des grandes sauterelles lourdasses qui se la pètent devant les fourmis en prétendant mesurer leur destin. Des imbus cucultisants pleurnichant l'iniquité de partenariats n'ayant d'autre raison d'être que de les faire valoir. Du bon bourgeois de gauche qui entend faire la leçon sur comment qu'on cause et la valeur de tes combats quand les leurs se bornent à signer des pétitions et poster leur rancœur envieuse sous des aticles auxquels ils ne comprennent rien. Des navets qui écoutent obstinément au premier degré des propos qu'ils ont omis de lire. Des imbéciles incontestables pour qui une parole libre et éveillée peut être émétique. Du bobo militaillant qui n'a rien contre le hors-cadre tant que ça ne déborde pas. Ne pas déborder du hors-cadre ? Encadrer tout débordement extérieur ?

 

Alors oui, je les ai rencontrés, disons coudoyés en file d'attente, heurtés sans doute par excès de franchise et de désillusions, aperçus près des buvettes, observés sans jouer les crânes d’œuf pour ne pas les inciter à me prêter trop attention ou intention de frayer avec eux. Une aventure anthropologique chez les bien-pensants, la savane exotique des moralistes laïques, républicains gauchisants ataviques, écholalie abrutissante de slogans infantilisants et de convictions électorales, le simplisme bipartite des certitudes socialisifiantes. Psittacisme de caste. À m'en faire préférer un bel enculé du Figaro comme interlocuteur ! Non, c'est vrai à la fin, ils sont saoulants à prétendre refaire le monde à jeun, à vouloir repeindre la vie aux couleurs de leurs valeurs modérées et réalistes, leurs constats rhinocentrés en étendard, ils ne bâtissent leur empathie au reste du monde que dans la fierté qu'ils en retirent. Rien de plus que du vibre ensemble et amitié entre les potes !

 

Enfin, tout n'est pas à jeter et ça couve quelques trucs sympas au milieu des fientes qui engraissent le terreau et c'était l'occasion d'avoir quelques éclatantes collisions. Ça, s'est bien explosé le zouave, a fait de bien belles rencontres, percutantes et s'est brutalement laissé aller, ça a été grande semaine contre la santé, à coups de bières et d'à pas d'heure, pour se métisser à toute une faune singulière. Des gens. Des gens que je connaissais déjà depuis peu ou il y a longtemps, des gens lus ou entendus ou dont on m'avait parlé, des gens inconnus gagnant à ne plus l'être, quelques uns à oublier, d'autres à peine croisés que déjà ils s'en furent, des gens furtifs dans les rues, en terrasse, dans les épiceries de nuit, les bars-refuges nocturnes à putes et travestis et petits dealers envapés. Des gens poussant poussette, tirant caddie et/ou enfant, fonçant, à fond, entre sprint et course de fond, l'oreille appareillée, les doigts sur la tablette, attendant sans patience le tramway, le bus, le métro ou leur correspondance. Des gens affairés par la grande affaire de vivre au quotidien dans ce bordel bruyant. Des gens qui se bouffent du tous les jours parce qu'il faut bien manger. Des gens. [...]

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Ollivier Desmarais
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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 12:06

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[...] dans la télé achetée à crédit les artistes doivent faire poétique pour être célèbres, pas de la politique, même pas de la poésie politique parce que c'est pas leur boulot. Alors qu'on n'empêche pas les politiques de pondre des merdes dont on dira que c'est poétique, parce que ça pue le quatrain, ça sent l'alexandrin, ça empeste le classicisme qui sait rimer, qui sait rimailler, ou ça se la pète de l'haïku pour ceux qui croient avoir de la culture, qui veulent poéter plus haut que leur Q.I. et après on met des politiques dans un ministère pour qu'ils s'occupent de la culture, de cuculiser la culture, d'enculiser la culture qui rend riche et célèbre, la culture qui pense pas trop fort, qui parle pas trop bruyamment, et on enculise aussi la poésie avec des rimes riches et célèbres qui n'ont plus rien à dire, ça permet de bien cuculiser la pensée, de bien poétiser la merde du monde pour qu'elle sente moins mauvais pour pas fâcher les nez des riches, des politiques et des célébrités.

 

On la formate bien serrée la poésie, on l'enfonce dans la tête des gens avec des rimes riches et célèbres qui n'ont plus rien à inventer, qui n'ont rien à raconter à part que c'est beau, que c'est joli le monde de merde où on est, qu'il est plein de poétique si tu sais bien regarder comme le veut la culture cuculisante, si tu sais encore voir les jolies fleurs au milieu des charniers, et le charme poétique TFinisé à coup de Pernaut des petits métiers d'antan, c'est ça le bon poétique, celui d'antan, celui du temps passé où on savait faire des belles rimes riches appelées à devenir célèbres, des jolis textes bien troussés dans les règles imposées, comme si la poésie pouvait supporter qu'on la réglemente, qu'on lui réglemente sa liberté de dire les choses comme elle l'entend, de dire les choses comme elles sont, comme si elle pouvait supporter longtemps qu'on lui laisse pas faire rimer charnier avec crevure, comme si elle devait rimer à rien d'autre que d'être bien jolie bien formatée bien réglementée bien cuculisée sous toutes ses formes, comme si elle devait pas gueuler la saleté, qu'elle pouvait pas dénoncer le fait qu'on la tue en mettant son nom dans le large sourire de Pernaut pour nous parler des vieux métiers, de la récolte du muguet ou d'artistes riches et célèbres qui savent peindre des fleurs qui ressemblent à des vraies fleurs même au dessus des charniers, qui font oublier les charniers et la vie de merde des pauvres et inconnus bien enculisés par la formidable solidarité de la charité, les pauvres et inconnus qui doivent juste dire merci, manger la bonne grosse pâtée et s'extasier de tout ce poétique bien cucul, TFinisée, bien culturellement cuculifiée, de tous ses vieux métiers qui disparaissent plein de charme et de poétique pour qu'on parle moins de chômage et de précarité.

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Ollivier Desmarais
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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 16:12

 

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[...] C'est bon, on a bien compris, l'auteur est poète, il nous les brise assez à le rappeler régulièrement et son boulot c'est avant tout de bien triturer du verbe pour faire sens en se fadant de ne pas se replier sur la facilité avilissante de la formule sujet-verbe-complément, une fois qu'il a correctement torché le morceau il a déjà bien fait avancer le machin, on va pas non plus lui briser les burnes avec des considérations oiseuses sur des galéjades comme la linéarité formelle du sous-texte ! La/le lecteur-trice doit bien être foutu-E de se rendre compte que l'essentiel peut très bien se situer dans les sous-entendus, les ruptures de rythme ou n'importe quelle ânerie qui viendra à l'esprit bien assis près de la conscience de l'auteur pour justifier le caractère vaguement incompréhensible de certains paragraphes ! On aura qu'à débiter de la formule en tranche sur l'aridité, l'intertextualité, la rigueur de la codification ou une quelconque niaiserie de ce genre qui suinte sur les plateaux télés où on te massacre la poésie à toutes les sauces dès lors qu'il y a du champêtre, du sentiment, des animaux ou de l'enfance.

 

Parce qu'il est temps de cesser de proférer de navrantes considérations sur la poésie de l'enfance. C'est avant tout pipi-caca l'enfance, les doigts dans le nez, les crottes écrasées sous la chaise et concours de crachats. Et non tous les enfants ne sont pas un peu poètes ! Sont même plutôt tous pénibles façon Minou Drouet, bien bien gnangnans. Les enfants vont de merdeux à pisseuses, sont concons ou casse-burnes, se font des films à longueur de temps, torturent les mouches, arrachent les culottes en tournante, défigurent Barbie à coups de ciseaux, font du bruit, savent pas tenir en place, racontent plein de conneries, salissent, cassent, coûtent et nous rendent plus ou moins équitablement l'amour qu'on leur porte, mais ils ne sont pas poétiques ! Il n'y a jamais eu de poésie en toute chose, c'est de la couille en barre cette histoire. C'est le poète qui essaie de mettre de la poésie dans les choses, dans le monde, dans la vie et croyez-le, en ce moment, c'est pas de la tarte !

 

L'optimisme béat n'est plus guère en vogue que chez les imbéciles cuculturisants qui font tourner le fond de commerce avec de la daube pour rentrée littéraire et de l'Arlequin remanié. Ah oui, l'auteur ne se prenant tout de même pas pour la moitié d'une merde est pleinement conscient de ne sans doute pas faire plaisir à tout le monde en soulignant la quantité phénoménale de bouses infâmes publiées chaque année, mais à dire vrai il se tamponne considérablement de se foutre à dos les trois quarts de la profession. Il y aura toujours des cons et mal-comprenants pour avancer que l'auteur est aigri, jaloux et frustré, mais non seulement je les emmerde mais par ailleurs je me contrefous de devenir riche et célèbre. Je me contenterai parfaitement de l'un ou l'autre. Parce qu'il vaut mieux pas cumuler.

 

Faut pas devenir riche et célèbre [...]

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Ollivier Desmarais
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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 19:38

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Qu'est-ce qu'elle a donc fait la p'tite roumaine,

elle fait des paniers pour ne pas crever,

ils l'attraperont la p'tite roumaine

et ils la jetteront dans l'premier avion.

 

Pour le changement, vous repasserez, c'est pas demain l'avant-veille du grand soir, aujourd'hui c'est on rase gratis les campements, sans valls hésitation ça boute l'hortefeux resurgit du fin fond du guéant comme le guaino du cul d'un coq. Gerbe in fRance ! Appel à toute la droiture des bottes, on campe sur les bonnes vieilles positions, le Rrom reste voleur de poule, l'Arabe terroriste en attente, le jeunissud'limmigration du délincon en puissance... C'est dit c'est fait, ça veut du blanc, du bien white, du blancos, ça veut l'ordre et la sécurité pour les tronches de craie, pour les beaux quartiers, pour bien dissimuler l'asséchement des libertés, ça trouvera toujours des têtes de turcs, des têtes de faciès, des faces de sangs mêlés impurs. Républicaillons de mes couilles ! Fallait pas espérer voir fleurir la révolution, les œillets ont séché, des roses ne restent que les épines et ça va bien nous ensabler les portugaises pour qu'on ne s'entende plus s'indigner. Premier flic de fRance, triste face de fiente, eh ! Nabot, sors de ce corps on t'a reconnu et ça r'commence comme si ça n'avait pas fini. Et ça n'a jamais fini et ça ne finira jamais. Pour noyer le poisson ça s'émeut à retardement pour trois punkettes condamnées, sans savoir que politiquement elles pourraient tous les laminer tant leurs convictions sont plus profondes que la gamelle ; mais ça embarque leurs soutiens au nom de lois discriminantes dont le racisme avance, lui, à peine voilé. Ça crie, ça pleure et ça s'indigne de cette parodie de justice en oubliant qu'ici aussi les procureurs sont tous aux ordres, que les préfets ont le goût du chiffre, que les pandores jouent les cadors. La nouveauté c'est que ça va refaire pareil, c'est que ce sera comme avant, langue de chêne séculaire, la vieille ânerie du changement dans la continuité. Juste un peu de vaseline pour nous la mettre plus profondément. Si c'était enfin la gauche, ça se verrait, ne resteraient pour approuver les expulsions que les plus-vrais-bons-fRançais les plus cons. J'emmerde tous les pourris de souche ! Dans cette sinistre nation de bourrins consanguins, lorsqu'on viendra chercher le voisin ça ne dira rien parce que ça n'est pas le voisin, parce que ça veut pas l'être, ça veut pas de voisin, parce que c'est bien qu'entre soi chez soi. Quand on rangera les salauds en armoire, faudra importer de la main-d’œuvre pour refermer tous les tiroirs !

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Ollivier Desmarais
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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 21:33

 

  

Thème estival : Réflexions sur quelques hypothèses de méthodes d'action tendant à préserver la stabilité d'un biotope humain face à l'agression endémique de touristes liée à la disparition systémique de tout secteur d'activités autre que le tertiaire.

 

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Laissez tomber, c'est moisi ici, la versatilité cyclotomique du micro-climat local peut entraîner des phénomènes violents avec de fortes rafales et des épisodes nuageux drainant dans leur sillage des averses orageuses et des mini-tornades entraînant une érosion des sols propice aux inondations et aux crues suivies de périodes de sécheresse si intenses et subites et inattendues et jamais vues depuis le début du mois dernier que la nappe phréatique est si vite en déficit que les poissons restent suspendus en l'air un instant avant d'aller s'écraser dans le lit desséché des rivières où les pêcheurs retraités meurent comme des mouches à cause de la désertification médicale due à l'absence d'infrastructures routières suffisamment directes pour permettre une évacuation sanitaire en cas d'insolation puisque les urgences sont toujours saturées et qu'il n'y a que des internes en deuxième année avec pas assez d'infirmières qui doivent en plus distribuer les plateaux repas pendant qu'elles vident les bassins quand elles sont pas en pause toutes les deux pour un étage entier du coup on demande aux aides soignantes d'aller voir ce qui se passe lorsque ça sonne pendant qu'elles font le ménage à deux pour trois services alors il y en a toujours un qui reste sale mais ça tourne alors les maladies nosocomiales y en a surtout avec les repas et en plus c'est infect comme dans les hôpitaux mais de toutes façons la cuisine d'ici c'est plus que du surgelé et même le foie gras c'est comme partout il vient de Pologne et la spécialité du coin ils l'achètent sous vide au Leader-price mais ils font quand même payer au prix fort à cause des Anglais qui venaient avant la crise et qui ont tout racheté avec les Hollandais mais maintenant qu'ils sont repartis personne n'a fait baisser les prix et on n'a plus de producteurs locaux ils vont tous à la centrale en Castille même le bio il vient d'Italie et chez les artisans tout vient d'Asie aussi même les masques africains ou les autocollants des armoiries de la ville ou le pâté de cerf aux airelles que vendent les bonnes sœurs sur le marché où il n'y a plus que des revendeurs on n'est même pas sur le chemin de St Jacques et les sentiers sont pas balisés parce que l'architecture est pas terrible et comme il n'y a plus de terrains pour les paysans la nature est mal entretenue et on voit à peine le coucher de soleil tellement c'est encaissé comme dans une cuvette qu'on croirait être dans un trou tellement paumé que ça rend nerveux c'est pour ça qu'il y a tellement d'alcooliques dans le coin et que toutes les soirées dégénèrent en bagarre lorsqu'ils mettent le feu aux camping-cars parce qu'il y a tellement de chômage que les gens sont jaloux des vacanciers qui se reposent alors qu'ils ont encore un travail.

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Ollivier Desmarais
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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 14:48

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[…] Il faut être sérieux, qu'est ce que je fais sinon le zouave ? A part gribouiller mes pensées pas très claires, une bouillie d'impressions que je braille à voix haute pour faire oublier la faiblesse du propos et le style trop oral pour être honnête. Comme performer pour effacer la légèreté du texte aussi indigeste soit-il, comme si je l'offrais pré-machouillé pour le rendre moins abscons. Comme pour faire abstraction que lorsque je me relis je me trouve invariablement chiant sous mes dehors bourrus, mais attachants, de cynique désabusé. Un plat de nouilles trop cuites. Un maudit poète misérable. Car ça a pas eu payé ma brave dame, jamais beaucoup, jamais de quoi approcher le salaire mensuel d'un OS chinois de chez l'aut' pomme numérique. C'est pas sérieux comme métier non plus, c'est : celui là c'est un vrai poète ! Et vous seriez pas un peu poète dites, vous ? Et ces conneries de petits métiers, petits sentiers, petits villages, petits jardins, petits spectacles merdiques de marionnettes moisies si poétiques, si plein de poésie dedans que t'as vite fait de comprendre que t'es pas forcément dans le même créneau, qu'à ce niveau de galvaudage mieux vaut se contenter dans la plupart des cas de dire qu'on écrit et encore il y aura toujours un con pour te demander si tu es écrivain public.

 

Ça, sûr, c'est plus que la poésie fout le camp, c'est juste que ça devient du n'importe quoi dans la cuculture officielle vomie par les écrans, ça devient bon calibrage à pas dépasser, de la Golden de poésie qu'on nous débite en rondelles, avec un goût neutre et la bonne couleur, qui croque la vie comme il faut la prendre selon la norme, heureuse et insouciante. Et sans doute j'aurais pu être poète comme ça si je ne m'obstinais pas à écrire des vers si longs qu'à la fin on ne sait plus qu'elle était la rime. On voudrait se trouver troubadour et l'on passe pour bouffons, des vieux clowns qui se touchent la langue pour une poignée de bien-entendants qui restent bêtement insensibles à la beauté de la vraie poésie officielle qui sait faire rimer Alexandrie avec barracuda.

 

Le seul regret que je puisse ressentir dans l'exercice de mes fonctions de zouave, c'est de savoir restreinte au minimum ma capacité de nuisance. Si je peux espérer parfois, accidentellement, provoquer l'amorce d'une ébauche de prise de conscience, c'est pas avec trois jeux de mots à la con que je déclencherai la révolution. En même temps qui en veut vraiment ? Combien de péluts utopistes sommes-nous à vouloir changer le monde pour de bon ? Guère plus que ceux qui pourraient aspirer à changer de monde. Çà, nous ne sommes pas nuées, tout au plus tourbillons de poussière au ras du sol dans le grand vent de l'Histoire. Une manière pour le moins grandiloquente d'admettre que nous sommes peanuts, presque rien, un dernier murmure d'alarme déclinante, à s'égosiller dans le brouhaha fracassant de la société du spectacle, que ça ne va pas, que ça ne va plus, que ça ne peut plus durer, lorsque autour, bien plus fort, ça hurle que ça roule, que tout baigne, qu'on est des vainqueurs, on est de la gagne, on est des bons, les champions de l'évolution. Calembredaine !.. Couilles en bâton, les p'tits gars, couilles en bâton !

 

Ah oui, d'accord, admettons, c'est pas de la plus totale distinction, mais faut pas pousser pépère vers la sortie, c'est un peu l'hôpital qui se fout des dépassements d'honoraires, honnêtement, il est élégant ce monde ? C'est la grande classe l'histoire de l'humanité ? Toute en finesse et en minauderies ? C'est coquet, croquignolet, cucul la praline, du plus chic la grande saga de l'homme ? Faudrait cesser de se foutre de la gueule des gens !!! Ils en pensent réellement quoi les gens ? Est-ce qu'on nous laisse encore un peu penser entre deux pages de publicités (lisez Récit de voyage à Cité Centrale, l'épisode un du présent extrait de l'épisode deux!) Tant on nous tanne que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, qu'espérance de vie en hausse avec le pouvoir d'achat grâce à la croissance et les oméga 3 et ce week-end on ira se faire racketter à Ikéa, qu'il reste peu de temps de cerveau disponible pour des futilités comme la fin de la partie. Game over, prochainement sur tous nos écrans ! On n'est jamais que des pauvres billes, des braves bougres, des drôles de zigues, des zigotos de la masse des gens de tout en bas, les soubassements de la pyramide, du gravats. Du tout-venant. On termine mâchefer une fois consommé par la machine à faire du profit. Enfin, c'est pas la peine de secouer le cocotier dans la plaie, le constat est simple, d'ici bas on est d'la baise, on va pas y passer trois pages, non plus, c'est déjà assez pesant.

[...]

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Ollivier Desmarais
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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 18:14

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Carrément on va dire que je vais pas me gêner, j'vais carrément pas me faire chier, ouais ouais, j'vais faire bien bien comme je l'sens et comme d'habitude, on va pas prend'e de pincettes, ça va franchement y aller comme y faut, on va pas s'emmerder pour si peu ! C'est ça, on va dire que je vais pas m'emmerder, j'vais pas me faire suer l'burnous pour des pralines, j'vais pas m'enquiquiner à m'escagasser, j'vais pas m'faire lansquiner les chasses, pas m'esquinter le melon, j'vais pas m'embordiller le citron pour des brèmes, j'ai pas du tout l'intention de me les faire brouter en salade, j'suis pas du genre à m'laisser bouffer les valseuses, pas trop l'gars qui s'laisse pitèner les joyeuses, faudrait voir à pas trop m'souffler dans les bronches ! Non sérieux, j'suis pas mauvais garçon mais faut pas trop me pomper l'air !

 

J'vais pas m'gêner, ce s'ra à ma façon, ouais, y'aura pas à discuter, y'aura pas d'arrangement, on va pas tourner trois plombes autour du pot pour savoir si y'a une couille dedans, si y'en a un qui fait chier j'le débranche des pieds à la tête, à la sans pitié tê, je me le fume ! On va faire comme je dis et ça s'ra pas autrement, ça, va pas falloir me courir sur le haricot trop longtemps, ça risque de vite pisser vinaigre si on commence à trop me faire chier la bite, quand on m'épluche un peu trop le jonc j'ai vite tendance à chanter Ramona aux peigne-culs qui m'les gonflent ! Faut pas non plus s'imaginer qu'on va pouvoir me les foutre à l'envers avec des conneries à la mords-moi l'nœud, il est pas du tout question que j'aille me casser le trognon pour ramasser peau d'balle !

 

C'est pas pour ces couillonnades que je vais m'torturer l'cigare, j'vais pas non plus aller me prendre le chou et m'triturer le mou, faudrait pas aller m'prendre pour un veau avec des considérations vaseuses sur l'esthétique du poil de cul de la distribution des accents dans le pentamètre iambique anglais ou la pointure du pied dans l’hexamètre dactyle grec et latin ! On va pas aller se tripoter la césure, on va pas s'la péter plus haut qu'le haïku ! À dire vrai on s'en cogne un peu, on en a pas grand chose à s'couer de la belle langue, on s'en tamponne le coquillard du respect du parler bien, du jaser correc', du jacasser dans les règles de la syntaxe, on va pas aller glousser du jabot, pas se la faire révérencieux de l'aïeul ! On s'en crisse pas mal des beaux parleurs, des parloteurs, des bavards, des avocaillons du bon goût, des académieux piqués au mythes, des glûmeux du beau dire ! Les phraseurs babillards de l'anaphore en linguistique énonciative !

 

Faut du vrai parler, du vrai de vrai de dit comme on dit, faut du parler comme on l'parle, comme on l'cause, du parler pas traduit, pas tout prop' sur lui ! Du parler un peu grossier, mal dégrossi, qui graillonne. Faut du parler de tout l'temps, du parler de tous les jours, du parler qu'on entend tous les jours, du parler de comment c'est la vie vraie tous les jours ! Et elle s'parle pas en précieux la vie de tous les jours, elle fait pas gaffe à comment qu'elle cause, elle s'écoute pas parler la vie de tous les jours, elle te dit recta c'qu'elle à t'dire, elle t'embrouille pas, tu t'le prends bien bien en face le parler de la vie vraie, bien bien dedans tu te l'entends !

 

C'est pas ampoulé le vrai parler vrai, ça tortille pas du fion pour chier droit, c'est pas du parler qui s'dit avec la bouche en cul d'poule, ça va direct au but, ça a pas ses vapeurs, c'est du bien épais, du velu, du bien gras, c'est du parler qui parle le comment c'est en vrai ce foutu coin, comment c'est de s'sentir pingouin, comment c'est être tout un tas de pingouins sur un putain d'glacon qui fond ! C'est du parler qui dit en vrai comment ça chauffe, comment ça craint du boudin, c'est du parler qui débite pas que d'la couille en bâton sur la vraie vie vraie !

 

[...]

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Ollivier Desmarais
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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 16:29

 

 

 

 

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T'sais, c'est tout con dit comme ça, on pourrait penser que ça tient lieu d'excuse, désolé, excusez-moi de vous demandez pardon, mais mon problème c'est que je me traîne un sacré complexe, un gros gros complexe, un sacré bordel de méga-complexe, le truc bien encombrant, parfaitement incommodant, incapacitant, comme un handicap, limite lourd, un p'tain d'foutu complexe industriel. Industriel le complexe. Un vaste complexe me prend toute la place en dedans du territoire, on trouve plus un coin peinard. Mon territoire, il a la surface saturé par son gros complexe, ça lui bouffe tout le POS, t'sais, ça va jusqu'aux frontières au bord de moi. Ça me lobbyise tout entier, ça tourne en trois huit, ça turbine en continu, ça fume, chauffe et pollue dedans tout le temps. Une fournaise moite. C'est des fumées de toutes les couleurs ratées, de tout ce qui est pas vraiment de la couleur, ça fume noir et gris et soufre et glauque et acre, ça dépose sur les parois en grandes dégoulinades marronnasses et pisseuses t'sais, ça prend à la gorge, ça saoule, ça entête, ça brouille la tête, ça floute l'entendement. C'est un fichu complexe de grande puissance, c'est quasi du militaro-industriel t'sais, c'est de la grosse industrie de défense, c'est secrète défense en dedans qui pollue tout l'système, c'est du pas du tout durable, du pas décroissant, c'est du complexe qui entend avoir des leviers dans toutes les strates de ma société, qui sait faire pression t'sais, là où il faut pour garder le contrôle sur mon ministère intérieur. C'est ce gros machin bruyant crachotant cahotant brinquebalant qui fait tourner le tout t'sais, qui soutient le tout, qui fait armature avec des cheminées et des machineries grondantes à fond de soute. C'est du jus de bas-fond de cale inhérent au fonctionnement du tout qui de croupir corrompt les structures du p'tit véhicule-moi. Un mauvais bouillon sans culture t'sais, qui fait rouiller les bases d'être autant esprit que corps, qui nourrit l'agir sur le penser. Ça déglingue sournoisement la carlingue et ça finit par pousser à se planter, à bien se ramasser, à partir en rideau, en vrille, à tomber à pic pile dans l'pire des purins. Ça graisse au nitrate, ça fait intrant dans mon dedans pour y faire croître des moisissures qui foirent tout le bon fond. C'est un foutu problème environnemental t'sais, ça détruit lentement tout l'biotope, j'ai déjà pas mal d'espèces disparues, une catastrophe écologique en milieu restreint, des zones entièrement détruites, stériles, toxiques, des zones à éviter, de non-droit de survie, des zones interdites. Il y a des zones à pas trop fréquenter en moi t'sais, des lieux pas fréquentables, des coins dangereux, de sombres contrées au milieu où déambulent d'irascibles trolls ou quelques vermines du genre, un terroir d'orques mal léchés. T'sais, il y a des rivages à pas trop longer, où il ne vaut mieux pas aborder, de l'écueil affleurant, des feux de naufrageurs, des hauts-fonds risqués pour le cabotage, comme un littoral déchiqueté et miné. Mon littoral t'sais, c'est parfois prêt à exploser, c'est tout juste au bord de l'explosion, il suffirait d'une étincelle pour que mes côtes s'embrasent, que ça pète dans tous les sens. C'est du baignade interdite sur mes côtes, c'est plage fermée, c'est danger méduse, drapeau rouge, c'est pas de pavillon bleu, c'est pourri de bactéries, de virus, bourré de miasmes et d'effluves nauséabondes, c'est sortie des égouts, bien moisi, en décomposition, puant comme de l'algue verte, c'est mon côté puant, mon côté pas punk, mon côté dénué de conscience, le plus crasseux de mon inconscience, le plus pâteux, le bien relou. Peut-être j'y peux rien t'sais, c'est la part d'ombre de mon dedans, le noir de moi, le bled que j'essaie d'oublier, où je veux pas r'tourner, où j'veux pas qu'on me renvoie. C'est le noir d'où j'émerge, où je me débats dans les courants de sales pensées, de pensées sales et sombres et laides, les pensées grasses et huileuses, des pensées-sacs plastiques brunis de cambouis qui enserrent les chevilles, gênent la nage. Le beurk-beurk-beurk de moi, bien bien dégoutant, le truc avec une bite entre les deux couilles, et que ça remonte jusqu'aux oreilles, que ça cacophone dans tous mon dedans noir, le truc qui pense avec le gland, qui pense comme un gland, comme un âne, qui pense en primaire, en primal, en bon gros primate, en peu-pensant. Le truc qui pense en mal-comprenant, qui comprend rien au réel, qui quitte le réel, qui impose sa réalité, le truc qui croit penser mieux, qui croit mieux savoir et mieux comprendre, le truc qui se la pète à peine. C'est le complexe des chevilles qui tiennent plus dans les bottes tellement j'ai la grosse tête, le complexe des certitudes aussi gonflées que gonflantes, le complexe de personne fait le poids, de je crains dégun quand je veux j'vous fais tous sécher, le complexe de c'est moi le boss, c'est moi qui porte la culotte t'sais, c'est moi qui tiens la porte, c'est moi qui conduit, qui mène la danse, qui colle des danses et la main aux fesses, qui frappe le plus fort, c'est moi qui pisse le plus loin, le clou de la miction, c'est moi qui ait la plus grosse. Le complexe du p'tit glandeur, du p'tit con qu'y a rien d'autres à branler que de se tirer sur la nouille, se palucher le spaghetti, du p'tit plein de sève qui sait plus quoi en foutre, du p'tit cochon surexcité lorsque les seins éclosent au printemps, du p'tit goret en rut. Le complexe du gars qui doit baisser les yeux pour se calmer, qui doit cesser de regarder autour, qui serait prêt à sauter tout ce qui bouge. Le complexe du bon gros con de mec, le complexe que je suis un homme, un vrai, un qui qu'en a dans le slip, qui se prend pas pour la moitié d'une merde, qui se prend pas pour une tanche, qui s'remet pas en question, qui veut que ça rentre où que ça dise pourquoi, qui pousse avant l'introduction, le pas-glop, le gras-gras, le complexe mâle de l'espèce.

 

 

 

 

 

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Ollivier Desmarais
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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 14:00

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La lassitude. Il est indéniable que nous sommes bien las. Bien là où on nous a dit de nous mettre. Réactifs comme des limaces sous le gros sel, on en bave et on se tord lentement en rampant jusqu'à la mort. Nos réactions sont limitées au cadre imposé, notre rôle doit tenir ses marques au sol. On est à terre. Plus bas que terre. On nous a déjà enterré, les quelques derniers énervés sont en voie de disparition. Il n'est qu'à voir les prétendus radicaux de l'anti-mondialisation qui condamnent en pleurnichant les actions menées par une poignée de black-blocks parce que ça gâche leur belle manifestation festive avec banderoles percutantes non non et non on n’en veut pas et saloperie de battucada ! Le militantisme est devenu chiant comme le grésil, ça picote et c'est vite passé. Il n'y a plus que du symbolique, de la parabole pseudo pédagogique, de l'agit-prop bien propre avec funérailles de cercueils en carton et faux croques-morts déguisés en banquier, le tout bien léché pour passer aux JT. La plus extrême gauche molle rejette désormais l'idée même de débattre de la lutte armée, préférant tracter des chiffons mal mis en page d'évidences galvaudées. En quête de légitimité pour éligibilité. Parlementarisable. Récupérée par mégarde, décrédibilisée par faiblesse, ridiculisée d'inertie. Enkystée dans le système. À faire du gras. Insidieusement l'amalgame s'est aggloméré entre terrorisme et résistance. Ça ose broder du terrorisme pacifique s'agissant de manifestations dans les Territoires Occupés. La bien-pensance a réquisitionné toute préséance sur l'autonomie de penser. La moindre déviance à la ligne officielle de l'establishment est inéluctablement dénoncée. La liberté d'expression est bridée, soupçonnée de crime de lèse-majesté, d'atteinte aux vieillardes institutions vérolées jusqu'à l'oignon. Même plus moyen de se torcher avec le drapeau. L'auto-censure devient une prime d'assurance et lisse la transmission des connaissances et de l'info. Officiellement tout va aussi bien que si c'était pas pire, juste quelques points de friction qui exigent simplement un peu plus de pédagogie et d'explications. Car si d'aventure advient chez le peuple un sursaut d'humeur c'est seulement qu'il est trop crétin pour saisir l'intérêt supérieur de la croissance. Il est évident que parallèlement à la sape des crédits d'enrichissements intellectuels, tout est fait pour persuader le peuple qu'il est con comme un balai lorsque par calcul sournois il fut délibérément mal cultivé. On pleure une baisse de niveau orchestrée en coulisse quand rien n'est fait pour enseigner comment comprendre. Nous avons perdu le goût d'apprendre d'être imbécilisés par une éducation orientée vers la médiocrité. Notre obsolescence est programmée. Chaque génération est un peu plus dépassée par volonté préméditée, un peuple d'idiots se pliera aisément aux volontés du premier sot venu qui couinera assez fort. Il faut rassembler les gens. Les ré-assembler, les rabibocher, les faire vivre ensemble, parler ensemble, penser ensemble, surtout penser. Donner à tous les outils pour penser. Là il y aurait des possibles. Le peuple doit se réapproprier la parole. On lui a coupé la parole. Elle ne lui appartient plus. On affabule ses propos à sa place, on dit le peuple veut, le peuple pense que, le peuple conconsidère que, le peuple est appelé aux urnes à exprimer ce qu'on lui inculque de penser. Le peuple ne s'appartient plus. Il ne s'apparie plus. Le peuple n'est appelé à l'union que pour la cause patriotique, la fraternité identitaire belliciste. On appelle au rassemblement. Citoyen. Face à l'ennemi ou la crise. Escobarderie de mes deux ! Pendons les banquiers aux tripes des politichiens, on aura enfin une chance de se faire entendre...

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Ollivier Desmarais
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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 12:25

 

 

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[...] Du parler qui fait le tour du jour en quatre-vingt mondes, qui raconte la boue qui s'dépose comme un désespoir, qui sait qu'la vie nous fait payer l'amour et les amours et les effleure à fleur qu'on est proche, qui sait la douceur des liens tissés, nos liens sans entrave. Du parler d'amour comme un produit à risque, un investissement hasardeux, un engagement éthique sans aucune visée de rentabilité, qui sait que les fluctuations du marché de vivre nous bouffe le capital, que les pertes y sont bien plus lourdes que les gains, que c'est un placement à enrichissement réciproque qui lorsque le cours s'effondre se solde en perte sèche, que la vie nous éponge tout le bénéfice dès lors que s'absente l'un des associés.

 

C'est le parler des petits, des p'tits, de tous les p'tits, les tout p'tits, les p'tiots, les p'tites gens, les p'tits bouts, les pt'its gars, les tit'puces, les tit'napins, les p'tits loups, les p'tites têtes, les tout simples, les tout bêtes, les quidams, les braves dames, les communs, les modestes, les minus, les gugusses, le petit peuple, les d'en-bas aux regards des hauts, aux yeux de la haute, de la haut où ça jabote qu'en grand, en trop grand, où ça déparle pointu dans l'épais, ça badine béatement de s'faire toujours plus gros plus gras, où en termes élégants et choisis ça édicte la démesure du monde, le démontage du monde, la mise-à-sac du pauvre monde ! C'est le parler des vraies gens de la vraie vie vraie, qui s'bredouille la petite musique de vivre, le flonflon léger tout d'accords mineurs, sans grands emballements mais saturée de larsens douloureux et longs, résonnant en écho bien au delà de l'audible, du dicible, le parler qui hoquette le chagrin, qui balbutie le malheur, qui s'glisse au creux des accolades, chuchoté dans les étreintes des pleurs, soufflé en embrassades de sanglots. Le parler des pauv'gens qui en prennent plein la gueule, qui se ramassent la gueule, qui morflent lourd, qui dégustent salement, qui prennent cher de rien avoir, du parler de misère, de la dèche, du vivre qui part en sucette, un parler de vécu d'merde, de sous vie d'chien !

 

Du parler avec des choses, des trucs et des bidules et des machins-chouette, du passe-passe de mots pour dire tout c'qu'on sait pas dire, pour expliquer comment c'est pas bien ça va pas c'est plus possible c'est pas tenable c'est intenable c'est on peut plus, on y arrive plus, on rame trop, on surnage à peine, on sent bien qu'on coule, qu'on se noie, qu'on est pris à la gorge, que les mots n'en peuvent plus de pas pouvoir sortir, que les mots ils sont au-dedans des vraies souffrances de la vraie vie vraie, qu'il y plein de maux dans la vraie vie vraie et pas assez d'mots pour le dire, que la vraie vie vraie à vivre c'est du mal, c'est s'donner du mal, c'est s'donner tant d'mal pour rien, c'est se faire du mal pour pas grand chose ! C'est du parler qui cherche ses mots, qu'y a pas tous les mots qui faut, qui s'embrouille pour s'expliquer, qui butte sur le technique, sur le juridique, sur le scientifique, sur l'économique, sur l'inique ! Du parler qu'en a marre qu'on l'nique, qu'on l'amphigourise, qu'on l'galimatiase, qu'on lui jargonne la tête à coups de volapük à la con, qu'on lui cacologue le vivre, le vivant pour tout rendre bien obscur, bien abscons, cafi de novlangues et d'baragouin à entuber les couillons !

 

C'est du parler qui met les poings sur les I, les mains dans le cambouis et à la pâte, le doigt là où ça fait mal, des travaux sur pieds, qui remue le couteau dans la plaie, qui remue les tripes, qui rugit au dessus des laminoirs, au fond des fosses, dans la chaleur des machineries, du parler sueur et crasse, dur à la tâche, qui s'aboie, qui en fait sa part, comme une brute, comme un forcené, qui compte pas ses heures, qui compte plus ses nuits blanches, qui part pas en vacances, qui a plus de vacances et plus d'retraites, qu'a pas droit à une alloc', qui doit taffer toujours taffer, bosser pire qu'une bête. Du parler de travailleurs, de forçats du devoir, de compagnons de la trime, de main-d'œuvre exploitée, tous ceux qui font tourner l'barlu, qui font rouler l'barnum, qui s'échinent à la chaine ! [...]

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Ollivier Desmarais
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  • : Ollivier Desmarais né vingt ans et quelques heures après Nagasaki, s'accorde rapidement le droit de protester. Poésie, performances et création plastique.
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